Une infirmière

On dirait que l’amour nous échappe, pourquoi ?

Bien des femmes, aujourd’hui, trouvent les hommes déroutants, voire incompréhensibles : ils paraissent vivre selon un ensemble complexe de règles qu’elles n’ont jamais vraiment apprises. Christine, trente ans, est infirmière dans un grand hôpital urbain. Elle souhaite se marier et fonder une famille, mais, comme tant de femmes actuellement, elle est décontenancée par les comportements masculins : « J’aide des patients de tous âges à traverser toutes sortes de problèmes de santé, mais dès qu’il s’agit de mes relations personnelles, je n’arrive pas à saisir ce qui se passe dans la tête des hommes. Que cherchent-ils exactement? Qu’est-ce qui peut leur donner envie de me rappeler? Comment transformer quelques petits rendez-vous en une vraie histoire, comment la faire démarrer ? J’en ai tellement assez de rentrer chez moi le cœur gros de solitude avec l’impression qu’au fond rien ne changera jamais. » Frédérique est magistrat. Mariée depuis neuf ans, elle a quarante et un ans. « Je suis si différente maintenant de ce que j’étais à l’époque où Max et moi nous sommes mariés, pourtant, lui n’a pas l’air de s’en apercevoir. Je ne sais pas s’il se sent menacé ou quoi, mais j’aimerais qu’il me parle… J’aimerais qu’il se soucie de ce qui se passe en moi ! » Frédérique a besoin d’un rapport plus intime avec son mari, mais ignore comment y parvenir. Brigitte, vingt-huit ans, acheteuse dans un grand magasin, sort souvent sans jamais réussir à dépasser le troisième ou le quatrième rendez-vous avec le même homme. « Je finis par me trouver des excuses. Parfois je rabats son caquet au type ou bien je blague. Maintenant que j’ai presque trente ans, j’ai peur de ne plus trouver un homme qui tombe amoureux de moi. Toutes mes amies vivent des liaisons et je ne comprends pas pourquoi je n’y arrive pas. » Brigitte sait que quelque chose dans son comportement fait fuir les hommes, mais elle ignore comment modifier ses conduites d’échec qui s’enclenchent parfois dès le premier jour. Cécile, trente-six ans, graphiste, vit avec un homme depuis dix- huit mois. Elle exprime un malaise qui va en s’amplifiant. « Même si je sais que Luc m’aime et veut m’épouser d’ici quelque temps, cela ne m’empêche pas d’être inquiète. A tout bout de champ, j’entends parler d’amis qui se séparent juste au moment où ils vont annoncer leur mariage. Je me sens en contradiction avec moi- même. J’ai peur de le harceler, mais en même temps, je ne peux pas rester passive, sans rien dire. » Si Cécile comprenait pourquoi et comment un homme s’engage, elle ne serait pas si inquiète. Il lui manque cette compréhension, d’où cette peur envahissante. Le dénominateur commun qui traverse la vie de chacune de ces femmes tient à leur désir irrésistible de comprendre la nature de l’amour masculin. Qu’il s’agisse du premier rendez-vous ou d’un mariage déjà ancien, elles veulent éprouver leur aptitude à changer le cours de l’amour, à augmenter l’attirance qu’elles suscitent chez un homme et à stimuler son engagement. Malheureusement, elles se sentent impuissantes dès qu’il s’agit de concrétiser ce besoin.

L’AMOUR DÉCONCERTE, POURQUOI ? 

Nous souhaitons tous connaître et développer des relations intimes qui soient riches, chaleureuses, épanouissantes. Pourquoi donc, alors que nous formons tous ce même vœu, l’amour s’effrite- t-il si facilement ? Pourquoi les couples se désunissent-ils ? Pourquoi l’amour se transforme-t-il en un lien durable chez les uns, alors qu’il ne semble même pas germer chez d’autres? Les relations d’amour ne se dénouent pas toujours à la suite de conflits majeurs ; souvent, d’ailleurs, on voit ces conflits évoluer de manière constructive. La plupart des relations meurent lentement sans que les deux partenaires en soient vraiment conscients. Il n’existe qu’une mince frontière entre une relation évoluant positivement et une autre qui sombre en silence dans l’apathie ou la lente accumulation des déceptions et des griefs. Nous ignorons le plus souvent où cette frontière se trouve et n’avons pas les repères nécessaires pour la suivre assez longtemps. Lorsque nous connaissons enfin ce qui affecte nos relations, nous pouvons les changer. Bien que certaines femmes et certains hommes voient dans l’amour quelque chose de trop incroyable, de trop particulier, de trop fragile pour jouer avec, la vérité est que l’amour n’est pas gouverné par les facéties du destin mais par des psychologies individuelles (les manières dont nous comprenons et pouvons prévoir les réactions des êtres à telle ou telle situation). La personne amoureuse se sent dépassée, emportée par son propre mouvement et, cependant, elle connaît un intime désespoir au moment où, mystérieusement, l’amour s’en va. Ne serait-il pas préférable de disposer d’une connaissance réelle de la dynamique amoureuse? L’espoir et la foi ne sont jamais trahis lorsqu’ils s’enracinent dans la connaissance et la certitude. Les femmes évoquées plus haut posent surtout deux questions : « Comment puis-je inspirer l’amour et comment puis-je le garder toujours vivant? » A ces questions, il existe des réponses. Il est tout à fait possible d’influer sur l’amour, cette expérience humaine si merveilleuse, si délicieuse et nécessaire. Il est tout à fait possible pour une femme d’agir sur les sentiments de confiance, d’amitié et de passion d’un homme. La capacité de provoquer le changement n’est pas un accident du destin, pas plus qu’elle n’est un trait distinctif propre à quelques femmes seulement. Le premier pas consiste à comprendre que la connaissance et l’information peuvent transformer le cours d’une union. Depuis vingt ans, on a beaucoup écrit sur les espoirs, les rêves et les peurs secrètes des femmes. Malheureusement, il n’existe pas de sources d’information comparables sur la nature, en évolution, de la psychologie masculine, particulièrement en matière de relations hommes-femmes. En plus de ce manque d’information, une autre raison peut expliquer pourquoi les hommes paraissent tellement incompréhensibles aux femmes. De fait, les hommes n’ont jamais tellement tenu à ce que les femmes les comprennent en profondeur. La « mystique masculine » a bien servi aux hommes pour masquer la vérité sur leurs peurs et leur insécurité : elle leur a permis d’éviter de décevoir les femmes. Pourtant, malgré leur désir de se sentir forts et invincibles, les hommes éprouvent un besoin plus impérieux encore, celui d’être compris par la femme qu’ils aiment.

LE BESOIN D’AMOUR

Le désir d’en savoir plus sur le sexe opposé semble plus fort que jamais. Il y a des raisons précises à cela. Dans les dernières années, hommes et femmes ont commencé à redécouvrir les idées de mariage et de famille et à les considérer comme exemplaires d’un retour général aux valeurs traditionnelles propre aux années 80, en commençant par un premier rendez-vous réussi. Sous l’effet d’un désenchantement vis-à-vis des plaisirs du célibat, d’une crainte de plus en plus marquée face aux maladies et, par voie de conséquence, à la fin de la révolution sexuelle, hommes et femmes se sont à nouveau tournés vers un mode de vie plus conservateur et monogame. Chez certaines femmes, le besoin est plus crucial encore. Les femmes de la « baby-boom génération » — elles ont maintenant entre vingt-cinq et quarante ans — ont hâte de se marier et de fonder une famille pendant qu’il en est encore temps. Par ailleurs, beaucoup de ces femmes se sont aperçues que leur vie professionnelle trépidante ne leur apportait pas ce qu’elles avaient espéré. Quelque peu déçues et douloureusement conscientes de leur horloge biologique, les femmes de cette génération désirent rencontrer des hommes et établir avec eux des liens solides. Ce désir de s’engager engendre d’autres inquiétudes. Les femmes sont réellement décidées à s’engager et pensent qu’aujourd’hui la plupart des hommes ne le sont pas. Ce point de vue n’est pas le nôtre, et tout au long de ce livre, nous proposerons des réponses à cette question : qu’est-ce exactement qui, chez une femme, pousse un homme à s’engager ? Nous étudierons également la différence fondamentale entre hommes et femmes quant à la notion de temps dans l’engagement et le mariage. Cette différence est une source de tension très réelle. C’est elle qui enracine le mythe selon lequel les hommes ne souhaiteraient pas se marier. Les hommes de moins de trente-cinq ans évitent de s’engager parce qu’ils sont dévorés par leur vie professionnelle. Dans les années 80, particulièrement, avec l’émergence d’une nouvelle éthique d’intense activité professionnelle et d’une nouvelle philosophie matérialiste, les hommes choisissent, davantage que par le passé, de retarder l’heure du mariage. Cela ne signifie pas qu’ils refusent complètement de s’engager mais que leur investissement émotionnel se concentre avant tout sur leur travail. Contrairement aux femmes, les hommes n’ont pas d’horloge biologique qui les oblige à redéfinir leurs priorités. Le besoin d’amour est une préoccupation majeure non seulement pour les femmes célibataires, mais aussi pour celles qui sont mariées. Elles aussi se posent des questions sur la qualité de leurs relations amoureuses. Alors que la structure de base de son mariage peut paraître stable, une femme vit souvent des tensions, a l’impression de décevoir son mari en même temps qu’elle se déçoit elle-même. Peut-être ne sait-elle pas comment modifier les choses. Peut-être même ignore-t-elle qu’elles sont modifiables. Confusions et tensions dans les relations d’amour s’expliquent par certaines différences fondamentales, mais mal connues, entre les sexes. Lorsque l’on comprendra les raisons de ces différences et leurs effets dans le champ relationnel, les échanges entre hommes et femmes créeront bien moins de frustrations et gagneront beaucoup en clarté.

LES TENSIONS ENTRE LES SEXES

Comme la plupart des gens, on peut penser que les femmes acceptent l’amour avec joie alors que les hommes, eux, sont plus ambivalents ; ils l’acceptent ou s’en éloignent ; que les femmes sont, de façon innée, monogames et fidèles, alors que les hommes sont polygames, plus enclins à courir même lorsqu’ils paraissent avoir reçu tout ce qu’ils désiraient de la femme qu’ils aiment ; que les hommes sont moins capables d’intimité et moins à l’aise dans ce rapport alors que les femmes donnent facilement libre cours à leurs sentiments amoureux ; que les hommes ne sont sentimentaux que lorsqu’ils veulent séduire et que leurs gestes amoureux sont de simples artifices qu’ils abandonnent dès qu’ils croient avoir conquis une femme ; que les femmes sont des « amoureuses de l’amour » et les hommes des « amoureux tièdes » ; que les femmes aiment être transportées par la passion alors que les hommes désirent se faire materner. Il y a des éléments de vérité dans chacune de ces assertions. Ce sont là les ingrédients mêmes de la tension et du malentendu très anciens qui existent entre hommes et femmes, de la « guerre des sexes ». Vous avez sûrement fait l’expérience de ces tensions bizarres dans votre propre vie. Vous n’êtes pas les seuls — nous les affrontons tous. L’homme et la femme ont toujours été fascinés, intrigués, méfiants l’un vis-à-vis de l’autre, irrités et déroutés l’un par l’autre. L’expression « guerre des sexes » provient de ce que, à partir du moment où ils sont attirés l’un vers l’autre, les réflexes de méfiance et de prudence chez les hommes et chez les femmes s’accentuent. Pourquoi ? Comment expliquer que l’homme et la femme aient tant besoin l’un de l’autre, se désirent, et qu’ils soient en même temps si prudents, si facilement déçus et frustrés ? Il existe une raison toute simple à ce dilemme complexe : l’un et l’autre sont différents. Nous prenons plaisir à certaines de ces différences et pourtant nous sommes absolument incapables de comprendre et encore moins d’en apprécier d’autres. On peut se demander si le conflit le plus radical qui les oppose ne provient pas de leur façon fondamentalement différente de concevoir l’intimité : ce qu’elle signifie, la place qu’elle occupe dans leur vie et le bien-être qu’elle leur procure. Cela ne signifie pas qu’un des deux sexes aime mieux que l’autre. Cela veut dire que les deux sexes considèrent l’amour et vivent la proximité de manière différente. Nos déceptions en amour viennent de ce que nous ne tenons pas compte de ces différences entre hommes et femmes.

SUR LA VOIE DE L’INTIMITÉ

Femmes et hommes se font de l’amour une idée bien différente pour une raison simple et terriblement importante : les garçons forgent leur identité et leur personnalité en se séparant de leur mère et en prenant modèle sur leur père ; les filles, elles, forment leur personnalité en prolongeant la lignée de leur mère et en la prenant pour modèle. Cette différence entre garçons et filles explique à elle seule les innombrables méprises et malentendus qui apparaissent dès qu’un homme ou une femme aime. L’intimité naît dès lors que nous révélons nos pensées et nos sentiments secrets et que notre partenaire à son tour accepte de partager les siens. Sans intimité, on ne peut tomber amoureux, on ne peut créer un lien durable avec l’autre. Pour vous aider à mieux cerner les différences cruciales entre le rapport d’un homme et celui d’une femme à l’intimité, nous avons eu recours à un concept que nous nommons échelle d’intimité. Imaginez que le besoin et l’envie d’intimité soient reliés, sur la même ligne, à l’attachement d’un côté et à l’état de séparation de l’autre. Par état de séparation, nous entendons le fait d’être seul, autonome, indépendant. L’attachement consiste à se sentir lié, intime et, à l’extrême, en symbiose avec une autre personne.

ÉCHELLE D’INTIMITÉ

Chacun de nous possède une « zone de lien » optimale, expression du niveau d’intimité auquel nous nous sentons le plus à l’aise. Bien que les hommes et les femmes accordent une valeur égale à l’amour et semblent donner autant d’importance au fait de vivre une union étroite, l’endroit où ils se situent sur l’échelle d’intimité montre une différence frappante. Ces différences ne représentent que des schémas grossiers; il existe toujours des exceptions. Certains hommes ont un rapport à l’intimité plus fort que celui qu’ont les femmes en général, et certaines femmes se rapprochent plus sur ce point des hommes dans la mesure où elles ont un besoin d’indépendance et d’autonomie extrêmement puissant.